Le corridor des grands rapaces


Des éoliennes dans le couloir de migration des aigles et des vautours

 


golden_eagle_Altamont

Aigle royal tué par éolienne, Californie

Les pales des éoliennes massacrent la faune ailée partout dans le monde, sauf en France, au Danemark et au Royaume Uni. Ou ne serait-ce plutôt que l’on cache la vérité au public dans ces trois pays? Des années d’investigation nous permettent de le penser.



Si vous lisez l’anglais, voyez nos articles et vidéos sur les aigles, les vautours, les chauves souris etc. tués par les éoliennes: http://SaveTheEaglesInternational.org
Vous pouvez aussi utiliser le traducteur dans la colonne de droite.


Les aigles et les vautours de France et d’Europe sont en très grand danger, car des éoliennes sont sur le point d’être installées dans le corridor de migration des grands rapaces. Il serait grand temps que La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) fasse entendre sa voix haut et fort pour les sauver.


Carte de localisation de l'Escandorgue sur le Corridor des Gds Rapaces
La flèche rouge indique la route de migration des grands et moyens rapaces qui, venant d’Afrique et de la Péninsule ibérique, rejoignent le Massif central, ou encore les Alpes puis le reste de l’Europe (migration pré-nuptiale). Ils empruntent le même chemin au retour, en automne.
Le point noir sous la flèche indique la position du Massif de l’Escandorgue, convoité par les promoteurs éoliens.



Ce corridor vient d’être identifié, pour la première fois, dans une lettre ouverte de l’ornithologue Jean-Claude Austruy, Coordinateur du Groupe Surveillance Rapace Sud Massif Central (1): Pour se déplacer directement entre les Pyrénées et les Alpes, les grands rapaces utilisent les contreforts de la bordure Méditerranéenne du Sud du Massif Central.” Il nomme un à un les massifs qui constituent ce corridor: depuis les Pyrénées jusqu’aux Alpes, dit-il, les rapaces en migration survolent successivement les Corbières, la Montagne Noire, les Monts de Lacaune, le Massif de l’Espinouse, les Monts d’Orb, les Monts de l’Escandorgue, et enfin les Cévennes. Une bretelle relie le Corridor au noyau de population de vautours des Grands Causses (Gorges du Tarn, de la Jonte et de la Dourbie): elle passe par les plateaux du Larzac et du Guillaumard. Monsieur Austruy demande que ce corridor et sa bretelle soient protégés par la Loi.

carte Corridor grands rapaces - Massif Central



Car rien n’a été fait pour protéger ce Corridor. Résultat, des éoliennes y ont été implantées, et beaucoup d’autres sont prévues. Chaque année, les grands rapaces y seront tués par douzaines comme l’aigle ci-dessus, ou s’y briseront les ailes comme le vautour de la vidéo ci-dessous. Ce sera un piège écologique pour ces espèces rares. Par exemple, il y a une centrale éolienne sur le Massif de l’Escandorgue, et 7 projets approuvés. Alors la question que nous nous posons est celle-ci: qui est responsable de ce fiasco, de cette bourde monumentale qui aura de graves conséquences pour la biodiversité européenne?


Est-ce le Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie? Les nombreux textes officiels sur la réintroduction des vautours en France prévoient un couloir pour permettre la communication entre les noyaux de population du Massif central, des Alpes et des Pyrénées. Mais depuis plus de 20 ans que dure la réintroduction de ces espèces, jamais ce corridor n’a été défini, ni à plus forte raison protégé. Pour autant, nous sommes portés à croire que la priorité absolue a été donnée aux intérêts des promoteurs éoliens, même lorsque ceux-ci menacent d’annihiler des espèces rares réintroduites sur le territoire français avec des fonds publics. Remercions donc le Groupe Surveillance Rapace Sud Massif Central d’avoir lancé cette alerte, et d’avoir dit qu’un couloir naturel existe, qu’il est connu des ornithologues, et qu’il faut le protéger.


Ou bien doit on tenir pour responsables les préfets? Sans parler de la DREAL, qui s’est fondée sur les études d’impact de bureaux privés travaillant pour les promoteurs éoliens…


Ou bien encore, est-ce la LPO qui a failli à la mission qu’elle s’est donnée de défendre les grands enjeux ornithologiques de la France? A-t-on vu son président plaider à la télévision pour la protection de ce corridor si important pour les grands rapaces? Par contre, on peut voir sa signature au bas d’un manifeste réclamant davantage d’éoliennes (2). Est-ce vraiment cela que les adhérents et les donateurs de la LPO attendent de leur président?


Ce n’est pas tout: en 2008, un couple d’aigles royaux s’est installé sur le Massif de l’Escandorgue. Un suivi GPS du mâle a été réalisé, déposé et enregistré auprès du CRBPO (Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux) et du Museum National d’Histoire Naturelle de Paris. Cette étude a démontré sans équivoque que les éoliennes prévues se trouveraient sur son territoire de chasse (3). Malgré ce fait nouveau, qui augmente considérablement l’impact sur les espèces protégées nichant ou chassant sur le site (il y en avait déjà près d’une douzaine), le préfet a renouvelé le permis de construire du projet de Bernagues, qui était basé sur une étude d’impact partisane vieille de dix ans. Au bout du compte ces aigles, rares mais aussi magnifiques, sont condamnés à mourir déchiquetés, comme sur la photo en tête de notre article.


Autre oubli en ce qui concerne les impacts: l’Escandorgue se trouve dans le domaine de prospection alimentaire des Vautours moines, Vautours pernoptères, Vautours fauves et Gypaètes barbus
, réintroduits à coup de millions d’euros dans les Grands Causses voisines. Or ce sont tous des oiseaux éminemment susceptibles de se faire frapper par les pales des éoliennes. L’un de ces accidents a été enregistré sur vidéo: un vautour fauve surpris par une pale se fait casser une aile.


En Espagne, les éoliennes tuent entre 1 000 et 2 000 vautours fauves par an: iberica2000.org/Es/Articulo.asp?Id=2968
D’autre part une étude revue par des pairs a montré que les Vautours percnoptères sont poussés vers l’extinction par les éoliennes: http://digital.csic.es/handle/10261/64944



Finalement, le risque encouru par les rapaces immatures a été totalement oublié par la DREAL, par les études d’impact, et par la LPO. Il faut en effet savoir que les jeunes aigles et vautours ne s’établissent sur un territoire qu’une fois arrivés à l’âge adulte, après avoir voyagé à la découverte du monde pendant 3, 4 ou 5 ans. Au cours de cette période, dite “de dispersion”, ils peuvent s’éloigner à des milliers de kilomètres de leur lieu de naissance (ou de “lâcher” lorsqu’il s’agit d’un programme de réintroduction).


Sur la carte ci-dessous, on peut voir les premiers voyages d’exploration (ou, techniquement parlant, de “dispersion”) d’un jeune Gypaète barbu lâché dans les Grands Causses.

 

carte-des-deplacements-de-Cardabelle-le-Gypaete
Source: http://rapaces.lpo.fr/gypaete-grands-causses/le-suivi-des-oiseaux


On voit que cette jeune Gypaète, nommée Cardabelle, a effectué plusieurs vols de dispersion qui l’ont conduite assez loin des Grands Causses, où elle avait été lâchée. L’un de ces vols s’est prolongé jusqu’aux Pyrénées, empruntant précisément la route indiquée par les ornithologues du Massif central comme étant le Corridor des grands rapaces (1). On constate bien, du reste, qu’elle est passée par l’Escandorgue (sur la carte: Lunas, Lodève). Elle a également suivi le tronçon du Corridor qui emprunte les Cévennes pour aller vers les Alpes, mais elle ne s’est pas enhardie à traverser la vallée du Rhône, à forte présence humaine et sans relief. Ce sera pour une autre fois, sans doute.
NB: pour voir la carte complète, aller à notre site principal http://savetheeaglesinternational.org/francais/le-corridor-des-grands-rapaces.html


Tous les massifs qui attirent ces grands rapaces devraient être libres d’éoliennes. Mais si ça ne peut se faire, au moins faut il protéger les principaux, en particulier:
a) ceux qui sont dans leur domaine habituel de prospection alimentaire, et
b) ceux qui servent de couloir à leurs migrations.
L’Escandorgue appartient aux deux catégories .


Et il n’y a pas que les grands rapaces qui sont en jeu. Par exemple, dans le massif de l’Escandorgue, il existe de nombreuses grottes et cavités, et des forêts aussi. Ces habitats, prisés des chauves-souris, n’ont pas été étudiés quant aux espèces de chiroptères qui les habitent, dont beaucoup sont en danger d’extinction. Or les éoliennes attirent et tuent les chauves-souris en grand nombre, ce qui est néfaste pour l’agriculture mais également pour la santé des forêts, souvent proies des insectes (4).


Puisque nous avons beaucoup parlé de l’Escandorgue, closons le chapitre en citant quelques unes des autres espèces protégées qui sont menacées par les projets éoliens sur ce massif: la cigogne noire, le milan royal, le milan noir, la bondrée apivore, le busard cendré, le busard St Martin, le busard des roseaux, le circaète Jean le Blanc, l’alouette lulu, la pie-grièche écorcheur et le gros-bec casse noyaux, pour ne nommer que les plus vulnérables (étude d’impact avien de Bernagues, pages 10 à 12) – beaucoup d’entre elles sont considérées comme “espèces patrimoniales” (page 13).


Enfin des aigles de Bonelli immatures, ou de jeunes adultes de cette espèce extrêmement menacée en Europe, pourraient fort bien chasser sur l’Escandorgue lors de leur dispersion. C’est un habitat idéal pour eux, et des couples reproducteurs nichent à moins d’une heure de vol du massif. Une seule mort par collision aurait un effet significatif sur l’espèce en France.


Revenant au corridor de migration des grands et moyens rapaces, notons que l’appétit des promoteurs éoliens ne se limite pas à l’Escandorgue, mais inclut les Cévennes et autres massifs du Corridor. L’enjeu pour la biodiversité française et européenne est donc extrêmement fort. Il ne saurait être ignoré. Nous espérons que le Ministère de l’Ecologie saura prendre les mesures qui s’imposent.


Mark Duchamp
Président
save.the.eagles@gmail.com


RÉFÉRENCES:


(1) – Lettre du Groupe Surveillance Rapace Sud Massif Central


(2) – La LPO, impatiente, veut davantage d’éoliennes, et plus vite


(3) – Carte du suivi GPS de l’aigle mâle de l’Escandorgue, dans son territoire qui sera rendu létal par les éoliennes


(4) – Alerte à la biodiversité
et
Impact de la disparition des chauves souris sur l’agriculture et les forêts.



X X X



NB: Si une publicité apparaît ci-dessous, ça n’aura rien à voir avec WCFN. Ce sera l’oeuvre de WordPress, qui couvre ainsi ses frais. WCFN n’a pas les moyens de payer WordPress pour qu’ils nous dispensent de publicité.


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